« Le corps n’est jamais donné comme une évidence.

Il arrive déjà pris dans un réseau de gestes, de regards, de mots, de règles qui le précèdent. Avant même de se mouvoir, il est attendu.
Avant même de parler, il est interprété. Il apparaît dans un champ saturé de normes qui décident silencieusement de ce qui sera lisible, reconnu, soutenu. Le corps compte à partir du moment où il entre dans une économie de la visibilité, où il devient apte à être perçu comme corps, et non comme excédent, trouble ou reste.
»

Extrait du texte de l’artiste Rémy Yadan, librement inspiré de l’ouvrage Ces corps qui comptent : De la matérialité et des limites discursives du « sexe » de Judith Butler (1993).

Le travail de Rémy Yadan explore ce que le regard social rend invisible. Les corps tenus à l’écart, des présences maintenues aux marges, des vies qui peinent à être reconnues. Topologie du silence nomme précisément cela : la cartographie de ce qui ne se dit pas, la géographie des présences effacées.

Rémy Yadan réunit dix-sept interprètes aux trajectoires distinctes, footballeurs, danseurs, stylistes, chanteurs lyriques, acteurs, amateurs :

· Constantino Adougla ~ danseur
· Bienvenu Affangbegnon ~ comédien
· Junior Agoli ~ danseur
· Solenge Agossou ~ comédienne
· Mickael Akogbegnon ~ danseur
· Marcel Akosinou ~ comédien
· Josué Anaüel Akueson-Dovi ~ danseur
· Othniel Attila ~ footballeur
· Sarah Codjo ~ styliste & comédienne
· Mélisse Durand ~ danseur
· Marialle Goncalves ~ comédienne
· Nathalie Hounvo Yekpe ~ comédienne
· Nel Magged ~ comédien
· Claire Menguy ~ chanteuse lyrique
· Carole Peace Pague ~ comédien
· Eli Sidemion ~ footballeur
· Béranger Yakassou ~ chanteur lyrique

Leurs corps, leurs classes sociales, leurs expériences de la visibilité constituent la matière première de la pièce.





L’événement se déploie en deux temps à l’EITB. Une installation immersive performée d’abord, dans les différents espaces du bâtiment. Puis, sur la scène extérieure au bord de mer, une création chorégraphique et théâtrale où ces dix-sept corps habitent les questions de Butler : quels corps comptent ? Quelles vies méritent d’être pleurées ? La mer, en fond de scène, porte sa propre archive de traversées et de disparitions.

En parallèle, Rémy Yadan travaille avec les pêcheurs de Cotonou. Gbeto, la peine de l’horizon naît de cette immersion quotidienne, gestes réels et chorégraphiques, en rapport direct avec le paysage et le rythme du travail. Un second film, Le cheval de sel, est actuellement en cours de production.


Crédit photographique : Tometin Tognidaho Emmanuel