« Matières Premières se présente comme une fiction spéculative scénique qui opère un renversement épistémologique de l’archive. Loin d’une restitution historique ou d’une narration linéaire, la pièce met en œuvre un rituel d’écoute active où la matière devient sujet et la mémoire, un processus sensible et collectif. À travers une dramaturgie en trois mouvements : la Fouille, l’Activation, la Recomposition, l’œuvre déjoue la temporalité progressive pour instaurer un temps stratifié où les époques notre présent de 2026, le futur spéculatif de 2238, et le futur lointain de 2342 coexistent et dialoguent dans un même espace-temps performatif.

Les Archivistes n’y sont pas des personnages au sens traditionnel, mais des interfaces corporelles, des médiateurs entre le sol-mémoire et le public. Leur gestuelle, lente et répétitive, relève d’une archéologie inversée : ils n’exhument pas des traces du passé, mais des futurs possibles contenus dans les rebuts du présent. Les objets qu’ils extraient fragments du quotidien béninois collectés dans les marchés de Dantokpa, dans les décharges et chantiers, et Ganhi ne sont pas exposés comme des reliques, mais activés comme des archives sensibles. Chaque artefact déclenche une réponse sonore générée qui traduisent en vibrations et en rythmes la « voix » propre à chaque matière.

Le projet affirme ainsi une position à la fois politique et poétique : il propose l’Afrofuturisme non comme un décor exotique ou une projection technologique, mais comme une méthode de réinvention par l’écoute, une manière de réhabiliter les savoirs sensibles, les mémoires textiles et sonores, et les rituels vodun comme ressources pour spéculer sur l’après-effondrement. En conclusion, Matières Premières ne représente pas un futur ; elle expérimente les conditions d’un futur possible en pratiquant, ici et maintenant, un art de l’écoute qui restaure le lien entre la terre qui dure et l’humanité qui se renouvelle. »

« Matières Premières propose une autre manière de penser l’archive.
Ici, l’archive n’est pas un lieu où l’on conserve le passé. C’est un geste que l’on pratique au présent. En creusant la terre, en touchant les objets, en écoutant leurs vibrations, le visiteur fait l’expérience physique de ce que signifie  » faire archive « . Le temps n’est plus linéaire. Le passé, le présent et le futur coexistent dans le même espace. Les objets du quotidien deviennent des messagers. La terre devient un palimpseste vivant. L’écoute devient un acte fondateur. L’installation ne raconte pas une histoire. Elle crée les conditions pour que chacun produise sa propre relation à la mémoire, à la matière et au futur.
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