Qu’est-ce qu’une langue fait à l’amour ?
La question traverse Wànyìyí-Kanuya : souffles de l’âme de bout en bout.
Adiaratou Diarrassouba est partie d’une intuition : le fongbe et le bambara, langues de ses deux héritages, disent l’amour singulièrement. Journaliste culturelle de formation, co-fondatrice du site d’information L’Afro, elle valorise depuis plusieurs années les cultures africaines et afro-descendantes dans un travail qui nourrit sa pratique artistique. La transmission, d’une génération à l’autre, entre le continent et ses diasporas, traverse l’ensemble de ses projets.
Née en France de parents ivoiriens, elle porte cette appartenance plurielle que le projet met en tension : le bambara, langue de sa famille, et le fongbe, langue majoritaire du Bénin, pays qu’elle visitait pour la première fois en 2025. L’amour lui sert de prisme d’entrée, comme révélateur de ce que les langues codifient ou dévoilent de l’intime : les gestes de la cour, la douceur d’une parole parentale, les formules d’apaisement entre époux. Ce qui se dit, ce qui se tait, et comment cela circule de corps en corps..


Wànyìyí et kanuya, les deux mots pour « amour » qui composent le titre, condensent à eux seuls l’ambition de la pièce : faire entendre ce que la pudeur supposée des langues africaines dissimule ou, au contraire, révèle avec une précision que le français ne reproduit pas.
Le travail de terrain à Cotonou a déplacé la focale initialement linguistique vers quelque chose de plus fondamental : le poids de la parole, son économie, ses effets dans les corps et les relations.
Une quinzaine de voix enregistrées (à la plage, à la place de l’Amazone le jour de la Saint-Valentin), des entretiens avec le linguiste Bienvenu Akoha et le médiateur culturel Fortuné Agossa, un conte original écrit pour la pièce : ces matériaux forment la trame d’une lecture-performance d’une quarantaine de minutes, restituée sur la plage, hors les murs de tout espace scénique institué. La présence d’un musicien, décidée en cours de création, achève de nouer oralité, son documentaire et fiction dans une forme ouverte, encore en mouvement.



