« Dans la continuité de mon travail artistique qui explore les mondes invisibles, je souhaitais, dans la perspective de cette résidence au Bénin, m’imprégner de la puissance symbolique des objets constituant le riche patrimoine culturel béninois, en particulier les statuettes rituelles en terre cuite et les textiles sacrés. »

Barbara Asei Dantoni débute sa résidence avec un projet orienté vers les patrimoines spirituels, rituels et sacrés. À son arrivée, l’artiste engage ses recherches en voyageant à Abomey et Ouidah afin de se nourrir et de déployer son projet Objets-Rêves.
Lors de son séjour, elle découvre un autel de jumeaux : deux statuettes en bois représentant des jumelles défuntes. Traditionnellement, un soin particulier est porté à ces statuettes, régulièrement lavées, vêtues, nourries d’offrandes. Ce soin quotidien porté aux absentes déplace le projet, ce n’est plus l’objet patrimonial qui intéresse l’artiste, c’est ce qu’il maintient : le lien d’amour qui traverse la mort.

L’artiste s’intéresse à ce lien de l’absente-présente, à la manière dont le dialogue avec l’au-delà est maintenu par le geste et l’affection. Elle porte également son attention sur les asens, autels portatifs en fer forgé dont chacun représente un ancêtre : objets de passage entre le monde des vivants et celui des morts, ils maintiennent la place des disparus au sein de la famille.

Crédit photographique : Barbara Asei Dantoni
Ce déplacement rejoint son histoire personnelle. Dans sa famille, au Cameroun, les morts n’ont jamais quitté les vivants, Ils apparaissent dans les rêves comme guides, sont priés, invoqués.
« En Nkongsamba dans la maison familiale (de mes grands-parents), les tombes des membres de la famille sont sur la concession, à proximité immédiate de la maison. Cette promiscuité témoigne de l’appartenance et de la survivance des êtres aimés dans la mémoire familiale. C’est un lien qui est ainsi maintenu, ce lien de l’attachement et de l’amour. »

De ce cheminement émerge la question centrale de son projet : comment un objet peut-il matérialiser l’âme d’un absent ? La découverte de la divinité Ogou vient réorienter le projet en profondeur. Ce qui compte, davantage que la représentation, c’est le soin qu’on lui porte : l’attention, la dévotion, la relation entretenue. L’artiste y reconnaît une logique proche de celle de l’amour, ce que l’artiste nomme « diviniser les morts ».
Après plusieurs semaines de résidence, Barbara Asei Dantoni déploie une installation polymorphe : dessins aux pastels, sculptures en terre crue, poteries, fils perlés, poèmes. Le vocabulaire plastique oscille entre trois couleurs. Le noir des poteries de Sè noircies au feu et des dessins sur papier sombre, pour le monde des morts. Le rouge, pour les vivants. L’or des noix de palme peintes à la main, pour ce lien sans forme ni couleur qui les tient ensemble.

Le 15 février 2026, l’installation prend place à Kulturforum Süd-Nord : les œuvres investissent la cour, se déploient dans la salle intimiste de la bibliothèque. Durant le montage, Georges Adéagbo joint au travail une mini-installation en résonance, un texte et deux images accrochés au mur. L’autel augmenté reçoit une présence supplémentaire…


