Le projet de Chloé Quenum s’articule autour des trajectoires des objets patrimoniaux : leur mise à distance dans les institutions, leur invisibilisation dans les réserves, et les conditions de leur réinscription dans des espaces vivants. Son installation L’Heure bleue, présentée lors du premier pavillon béninois à la Biennale de Venise 2024, reproduisait en verre colonial soufflé dix instruments musicaux conservés au musée du quai Branly, originaires du Bénin et du royaume du Dànxòmɛ̀. Suspendus, ils formaient un orchestre silencieux.


ICI prolonge ce geste en l’inversant. Dans le Jardin d’essai de la Fondation Zinsou à Ouidah, ces mêmes instruments sont traduits en terre cuite de Sè, façonnés avec des artisans locaux, à l’échelle du mobilier. Posés sous le manguier, ils deviennent des assises, des espaces de repos et de rencontre, activés par les corps et les usages quotidiens du lieu. La résidence a également donné lieu à la construction d’un four permanent au sein du jardin, outil désormais partagé entre pratiques artistiques et ateliers pédagogiques.


Le lien familial de Chloé Quenum avec Ouidah, ville d’où est issu le patronyme Quenum, confère au projet une dimension singulière, une réinscription dans une relation faite à la fois de proximité et de décalage. Les pigments naturels tirés des plantes du jardin, les engobes du fleuve Mono, les ateliers menés avec les enfants de l’école Santa Clara composent un protocole de transmission qui fait du territoire lui-même l’archive active du patrimoine.

« Cette transformation s’est construite à travers un travail collectif et attentif sur les matériaux et les techniques. Les expérimentations menées avec le kaolin et l’indigo ont permis d’explorer les ressources locales dans leur complexité. Le kaolin, par sa plasticité et ses qualités chromatiques, a ouvert un champ de possibilités dans le traitement des surfaces. L’indigo, en revanche, a posé des défis spécifiques. Sa disparition progressive sur certains supports a révélé les limites des procédés employés, mais a également permis d’interroger la relation entre couleur, matière et temps. Ces expérimentations ont conduit à repenser certaines orientations du projet et à envisager de nouvelles pistes de recherche, notamment autour des modes de fixation ou des interactions entre pigments naturels et cuisson. »
– Extrait du rapport narratif de l’artiste

Crédits photographiques : Fondation Zinsou