Marie Houdin explore une cartographie. Celle du navire négrier l’Aurore, qui en 1719 déporta les premiers Africains esclavagisés vers la Nouvelle-Orléans, berceau du funk et du jazz dont découlent le hip-hop et les cultures urbaines qu’elle pratique depuis l’enfance en Bretagne. Depuis 2018, sa démarche, qu’elle nomme The Unexpected Dance, l’a conduite au Sénégal, à Cuba, en Louisiane, avec une caméra, un micro et son corps comme outils d’enquête. Pour l’artiste, le Bénin constituait la pièce manquante de ce puzzle transatlantique.
« Je suis tombée dans le hip-hop et le funk dans l’enfance, depuis la Bretagne en France, où ces cultures ont répondu dans les années 90 à une nécessité identitaire, sociale et culturelle, pour plusieurs générations dont la mienne. On s’est mis à les vivre, à les consommer, à travailler avec, sans forcément en connaître les inscriptions historiques et culturelles. Des musiques, des danses nées dans les cultures noires et latinos aux USA, en réponse à un système néocolonial qui découlait de l’esclavagisme et de la colonisation. Je suis blanche et le pays dans lequel j’ai grandi a été la deuxième « puissance » coloniale au monde. Depuis toute jeune, j’enquête sur l’ADN et les origines du hip-hop et du funk pour mieux les comprendre, mieux les connaître et quelque part avoir « le droit » de les aimer à ce point. »
– Extrait de la note d’intention du projet



La résidence s’est déployée en deux phases. La première, itinérante, l’a menée en territoire Fon, Mahi et Yoruba, à la rencontre de danseurs, de dignitaires de cultes, de griots et de passeurs d’histoires. Ce que cherche Marie Houdin, ce sont les traces : ce qui a traversé l’Atlantique, ce qui s’est transformé, ce qui continue de circuler dans les musiques et les corps d’aujourd’hui. La seconde phase, en résidence à l’École Internationale du Bénin de Togbin, a réuni une équipe de cinq artistes aux fonctions complémentaires, cultuelle, sociale et chorégraphique, pour forger une performance à parcourir entre espaces extérieurs et salle de projection.
Au rythme des traversées / Danser les mémoires Atlantiques invite le public à une marche rituelle guidée par une voix sans corps. L’eau, l’arbre, la terre, la cendre jalonnent le chemin avant que les montages vidéo et sonores reliant la Nouvelle-Orléans, Cuba, le Sénégal et le Bénin ne prennent la parole. La performance s’est restituée à Togbin puis à l’ECRC Claude d’Abomey.




